ARGENTINE : Córdoba

C’est difficile de savoir par où commencer pour vous parler de Córdoba. Rien que les souvenirs qui resurgissent en en parlant nous donnent la larme à l’oeil.
Córdoba c’est une gigantesque ville argentine, qui n’a franchement rien de particulier sur le papier mais où l’on a fait parmi les plus belles rencontres du voyage. Récit.
Tout a vraiment commencé avec le stop que l’on a fait le long de la route Atlantique pour arriver à Puerto Madryn, je ne sais pas si vous vous rappelez de l’article?
On avait rencontré un couple d’argentins qui nous avait pris en stop. On s’était trouvé au bord du chemin sur l’autoroute des vacances, c’était sans doute un jour de chance, on avait fait pas mal de kilomètres ensemble. On avait même visité la maison de thé de Lady Di avec eux (une expérience qui soude…). Ils nous avaient gentlment invités à passer chez eux si jamais on passait par Córdoba. Ils étaient vraiment cools, on s’est donc arrangé pour inclure la ville dans notre parcours.
En arrivant à Córdoba, on parvient à joindre Tomás qui nous dit qu’il ne sera chez lui qu’en fin d’aprèm. On traine donc en centre ville et on en profite pour s’essayer au musée de la banque, qui retrace l’histoire de la banque du coin et qui vaut surtout pour sa très belle collection privée d’art contemporain.

Musée de la banque de Córdoba et collection privée / mercredi 18 février

On rencontre donc le dit Tomás et sa copine Celeste, en fin d’aprèm, chez lui.
Au début il règne un malaise, on ne sait pas trop où se mettre, on n’a pas envie de gêner, il nous dit qu’il doit bosser ce soir. On a strictement aucune idée de comment tout cela va se passer : est-ce qu’on sera tout seul les 3/4 du temps? Est-ce qu’ils vont nous faire visiter la ville? Est-ce qu’ils vont nous mettre dehors le lendemain? Quand est-ce qu’on mange? C’est ce qu’on appellera la 1ère phase : l’apprivoisement.
Au début, il s’agit de connaitre un peu notre hôte. Voilà ce qu’on glane comme informations: Tomás est étudiant en bioingénierie, on le sent passionné par ses études. C’est quelqu’un de très investi dans sa communauté, il donne des cours à des enfants défavorisés via une fondation et participe régulièrement à des colocs sur la vie de son quartier ou même de la ville. Il bosse aussi quelques jours/soirs par semaine dans un complexe de foot pour pouvoir payer son loyer, le “prix de son indépendance” selon ses termes. Il ne vit pas avec sa copine, Celeste, qui est elle aussi encore étudiante puisqu’en pleine réorientation sur des études de design.

Córdoba-47Ricardo, le chien de Tomás, Augustin et Léandro (la collocation) / jeudi 5 mars

Le premier soir, on l’accompagne à son travail dans le complexe de foot, on joue au baby, on discute, on regarde le foot à la télé en mangeant des cacahuètes et Tomás nous offre des bières toute la soirée. On passe une excellente soirée. L’alcool, bon lubrifiant social, participe à faire fondre la glace de la première rencontre.
Les jours suivants on a l’occasion de discuter plus en détails avec Tomás. De tout et de rien. On apprivoise la bête. On parle. De quelques minutes au début, ça se transformera en débat fleuve rapidement. De la commencera la 2ème phase: les insultes.

Córdoba-7Une peinture murale de Córdoba / jeudi 19 février

Tout bon cordobés qui se respecte se moque des gens qu’il aime. Comme en France mais ici il n’y a aucun tabou. Ca va de l’apparence physique à la sexualité en passant par la religion. Arnaud hérite du surnom “el negro Arnaud” en référence à sa couleur de peau (nos amis intellectuels français sont arrivés au même surnom) tandis que Dorian, qui a fraîchement tondu sa barbe (intégralement), devient “baby Dorian”. Pour nous Tomás est “el gordo” (en français “le gros”). A ces surnoms officiels il faut rajouter les classiques de Cordoba que sont boludo, cullado, pelotudo, huevón et puto (qui veulent autant dire “mec”, “gars” que “connard”).
Nous voilà désormais intégrés à la vie cordobés.
On organise des échanges culinaires divers. Côté argentin, on retrouve le traditionnel et incroyable « asado » (barbecue), le dulce de leche (sorte de caramel au lait) et le somptueux dessert appelé « marquise » (le genre de dessert qui peut vous faire entamer un BEP pâtisserie à lui seul).

L’asado argentin et une divine marquise! / vendredi 20 février

Côté français, on prépare les immanquables crêpes au réveil et une raclette improvisée avec les fromages du coin.

Córdoba-44Crêpes + dulce de leche + maté + jus de fruit frais / samedi 28 février

Córdoba-59Raclette argentine / samedi 7 mars

On rencontre les parents de Tomás : Carlos, le père et Juana, la mère. Tout aussi adorables et accueillants que leur fils, ils nous invitent à de nombreuses reprises à manger chez eux, tout en nous faisant sentir comme si on faisait partie de la famille. On goûtera un des meilleurs barbecue de notre vie grâce à Carlos. Des morceaux de bœuf, veau, porc et poulet venus du ciel.
Pour la petite anecdote, la veille de ce barbecue, on avait fait une soirée open-champagne pour l’anniversaire d’un ami de Tomás. On a fini la soirée dans les boîtes de Córdoba, bien ivres. Au cours du repas, Tomás passera à deux doigts de renvoyer le barbecue de papa sur la nappe fraichement tendue…
Dans le même temps, il s’agit pour nous de découvrir un peu mieux la ville, qu’on n’a pas beaucoup vue au final. C’est la 3ème phase : la découverte (de la ville et ses environs).

Un bus “city tour” et Basilique Nuestra señora de la Merced / jeudi 19 février

On s’organise donc une petite journée pour découvrir les vestiges coloniaux de la ville (église, cathédrale, etc…).
Au programme, on participe à la visite d’un collège de plus de 300 ans : le collège national de Monserrat.

L’entrée et le patio du collège national Monserrat / jeudi 19 février

Un musée à l’intérieur de l’enceinte a consigné les vieux objets utilisés depuis la création du collège. On se dit qu’à l’époque les cours de physique-chimie devaient être dispensés dans un gymnase vue la taille des instruments.
Les cours de géographies devaient eux être plutôt corsés, une des épreuves consiste à situer les pays sur une map monde… entièrement vide, pas de continents dessinés, juste les parallèles! Vous pouvez faire l’exercice à la maison : prenez une feuille blanche et essayez de situer le Tadjikistan…
On entreprend aussi la visite du musée D2 sur les conseils de Tomás. Le musée est un ancien centre de détention clandestin durant les dictatures argentines (si vous avez lu l’article sur Asunción on peut dire que c’est le pendant argentin du musée des mémoires). Il s’agit d’une plongée dans les méandres de la folie humaine et du fascisme. Le musée fait le choix de montrer l’histoire de ces lieux à travers les personnes qui y sont passées, pour pouvoir mettre un visage sur des chiffres (des milliers de personnes sont passés entre ces murs). A l’extérieur des fanions sont tendus, sur lesquels figurent les visages des disparus.

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Fanions en honneur aux disparus / jeudi 19 février

Dans les salles, on retrouve des effets personnels des victimes: des photos, des objets (un vélo, une guitare,…) ou des albums photos donnés par les familles. Ces derniers sont les plus marquants. Des familles entières qui vivent dans l’espoir qu’on retrouve un jour le corps de leur proche disparu. De l’impossibilité de faire le deuil.

Córdoba-10Empreinte de doigt constituée des noms des disparus / jeudi 19 février

On navigue entre les murs escarpés du bâtiment, le poids de l’histoire les rend sans doute plus étouffants et oppressants qu’ils ne le sont. Plus loin, on découvre des témoignages vidéo, des sculptures et des photos de détenus après un passage à tabac… On ressort bouleversés et désemparés.

Reconstitution d’une salle d’officier et patio du D2 / jeudi 19 février

Córdoba-13Le mur qui cachait le centre de détention illégal / jeudi 19 février

Après toutes ces émotions, on part pour Nuevo Córdoba, le nouveau centre de la ville. Exit les bâtiments coloniaux, les rues piétonnes et les squares séculaires, place aux buildings, aux églises modernes et à la jeunesse cordobés.

Un peu du Nuevo Córdoba / jeudi 19 février

Il faut reconnaître que c’est clairement plus animé que l’ancien centre. Après s’être baladé, on se pose en terrasse d’un sympathique café où l’on décompresse un peu des émotions de la journée.
On retournera à Nuevo Cordoba une petite semaine plus tard pour découvrir la vie nocturne et notamment des anciennes fabriques réaménagées en commerces, bars et restaurants.

Córdoba-45Le bar Dada Mini dans le nouveau Córdoba / samedi 28 février

Le Nuevo Cordoba est aussi réputé pour ses musées d’arts.
On attaque par le palacio Ferreira, un musée de beaux arts, qui nous déçoit un peu. On enchainera un peu plus tard sur le Musée Emilio Caraffa, un très beau musée d’art contemporain qui intègre une expo concours photo d’une grande qualité, où les photographes jouent les chimistes lors du développement pour créer des photos troublantes, notamment cette photo d’une personne où les yeux sont effacés, qui évoque autant les films d’horreur de série B que la mélancolie d’une vieille photo de famille, saisissant.

Córdoba-25Córdoba-26Córdoba-27Córdoba-23Expo d’un concours photo au musée Emilio Caraffa / vendredi 20 février

A l’étage quelques peintures et collages bouclent notre tour du musée.

Peinture/collage et Nono dans le musée Emilio Caraffa / vendredi 20 février

Peu avant notre arrivée dans la ville, des pluies diluviennes ont créé des inondations dans les villages aux alentours de Cordoba. Tomás nous avait fait part de sa volonté d’aller voir un peu la situation sur place et de donner un coup de main aux gens qui ont tout perdu dans la catastrophe.
C’est donc par une journée ensoleillée que nous avons entrepris notre expédition dans la ville de Unquillo.
Une fois arrivés sur place on va directement à la mairie de la ville pour cibler les quartiers les plus sinistrés. On se met en route vers un des quartiers en question. On mesure l’étendue des dégâts en se rapprochant des bords du fleuve où l’on peut voir que la crue a arraché des arbres et des maisons entières, tout en déposant des mètres de boue après son passage. On croise un des habitants du quartier qui nous dit qu’une dame cherche des gens pour dégager son jardin, envahi par la boue.
On travaille quelques heures à essayer de retrouver la terrasse cachée sous ces quantités impressionnantes de boue, avant d’attaquer une dépendance de la maison, l’intérieur de la maison ayant déjà été nettoyé avant notre arrivée.

Pelletage de boue / lundi 23 février

La journée, éprouvante, se terminera le soir chez le père de Tutine, un des collocs de Tomás, à boire des bières et manger des pizzas où faute de farine de blé, on la remplace par de la polenta… C’est déguelasse.
Ce que l’on ne vous a pas dit c’est que nous avons aussi tourné des images pour nos films pendant notre séjour à Córdoba. Notamment le court métrage sur Carlos Presman, comme vous avez certainement pu le comprendre. Ci-dessous vous trouverez des photos d’une de ses représentations, en compagnie d’une humoriste professionnelle.

Carlos Presman et son one man show / jeudi 26 février

Élisa Gagliano, humoriste / jeudi 26 février

On tournera également un court sur un autre homme dont on ne montrera pas de photos pour ne pas révéler d’éléments sur lui avant que vous ne voyez le film. 🙂
Pour les besoins des films on erre une après-midi sur le campus universitaire de Córdoba, on s’amuse à prendre des photos dans les salles de cours.

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Retour sur les bancs de l’école / jeudi 5 mars

Córdoba-50Un bel oiseau sur le campus universitaire / jeudi 5 mars

On finira l’après midi par la visite du centre culturel de Córdoba qu’on pouvait apercevoir depuis les musées, à côté d’une grande tour en forme hélicoïdale (le phare du bicentenaire de l’indépendance) . Le bâtiment est bien pensé et fait la part belle aux volumes et aux courbes, que peuvent apprivoiser les passants en se déplaçant dessus.

Le phare du bicentenaire et graff du centre culturel / jeudi 5 mars

Córdoba-51Córdoba-53Córdoba-54Le centre culturel / jeudi 5 mars

Après toutes ces émotions et 3 semaines de pur bonheur, il est alors venu le temps pour nous de mettre un terme à notre odyssée cordobés avec la quatrième et dernière phase : les adieux.
Nous prenons donc le large, le coeur serré.

Córdoba-56Le beau Tomás et la belle Cele / samedi 7 mars

Córdoba-58Eso es Córdoba / samedi 7 mars

En bonus, le court métrage réalisé lors de ce séjour à Córdoba!

8 Comments

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  1. Très bel article, los huevons (ce mot sonne bien).
    On voit que la découverte de cette ville vous a marqué.
    Ça fait plaisir de vous re-lire, le nouveau site est TOP.
    Prenez soin de vous.

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  2. 🙂
    j’ai humé les les titres, j’ai gouté aux textes, j’ai avalé les photos, je me suis gouinfré du court-métrage!

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  3. Bravo pour ce périple à Cordoba. J’ai beaucoup apprécié le personnage de Carlos : de l’humour et beaucoup d’humanité !
    Bisous à tous les 2

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  4. Belles expériences à Cordoba et bravo pour le court métrage!

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  5. Bonjour, je suis la tante de Tomas et bien-sûr la soeur de Carlos. J’habite a Paris et après avoir beaucoup entendue parlé de vous et avoir vue votre court métrage sur mon frère j’aimerais beaucoup vous rencontrer.
    Si cou venez a Paris ne manquer pas de me contacter.
    Mili Presman 0664921030
    J’espère a bientôt

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  6. Marie Pascale chevance bertin October 24, 2015 — 10:25 am

    Bonjour,je suis la tante francesa de Carlos (ex femme de son oncle Norman) ,MercÎ du plaisir que vous me donnez .recit de voyage,film! Je ne suis pas allée à Córdoba depuis 1975 ,vous m’avez vraiment donne envie d’y retourner.Il faut dire que vous êtes tombés sur une famille formidable!!!!je viens de revoir Carlos apres tant d’années et ne connaîs pas Thomas ,MercÎ de me l’avoir présenté.A la prochaine fois.marie Pascale (j’ai 67 ans au cas où vous pensiez que j’en ai 90)

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